mercredi 4 avril 2012

Les graines de Banksia endormies depuis plus de 200 ans refleuriront-elles ?


source: http://www.rfi.fr/science/20120403-graines-banksia-endormies-depuis-plus-200-ans-refleuriront-elles-pas

Fleur de banksia photographiée entre Bondi Beach et Coogee, à quelques kilomètres de Botany Bay où ont mouillé les navires de l'expédition La Pérouse.
Fleur de banksia photographiée entre Bondi Beach et Coogee, à quelques kilomètres de Botany Bay où ont mouillé les navires de l'expédition La Pérouse.
Pierre Larue As Salomon

Par Dominique Raizon
Depuis deux ans les botanistes du Conservatoire botanique national de Brest, les chercheurs en biologie végétale de Vegenov à Saint-Pol de Léon et ceux de l’Inra de Dijon conjuguent leurs compétences pour sortir d’un long sommeil de deux cents ans les graines d'un arbuste appelé Banksia. Découvertes à bord de l’épave immergée d’un des grands explorateurs du 18ème siècle, Jean-François de La Pérouse, six graines sont revenues du lointain périple dans les germoirs du CBNB. Les scientifiques n'ont pas encore livré les résultats de l'étude concernant la potentialité germinative des graines de cet arbuste. Cela ne saurait tarder.


Graines de banksia collectées à bord de La Boussole, la frégate de La Pérouse
CBN de Brest/Charlotte Dissez
« Ces graines de banksia sont restées plus de deux cents ans au fond de la mer et elles n’étaient pas détruites, pas dissoutes ! Cela fait rêver, non ? … », s’émerveille Loïc Ruellan, animateur botaniste du CBNB, évoquant les graines retrouvées en 1986 à bord de La Boussole. Collectées par un naturaliste -qui embarquait il y a plus de deux siècles avec le navigateur La Pérouse-, elles ont été été retrouvées sur l'épave, et remontées à la surface par les équipes de plongeurs archéologues de l'association Salomon.
Quelque 223 ans plus tard, les scientifiques prolongent l’aventure qui pourrait exaucer les vœux des grands navigateurs de l’époque en étudiant le potentiel germinatif des graines de cet arbuste à la floraison rouge ou jaune, en rameaux : «Parviendrons-nous à les faire refleurir? Rien n’est moins sûr, fait remarquer prudemment Loïc Ruellan car les graines ont la vie longue mais quand même … le temps a passé et nous ne savons pas du tout s’il reste encore des cellules vivantes … Dans la nature, elles conservent 35 ans leur pouvoir de germination. Alors dans des conditions aussi particulières … Nous sommes dubitatifs ! ».
Mais, Manuelle Bodin, chercheur en biologie végétale au centre de recherche appliquée deVegenov à Saint-Pol de Léon de compléter : « Cette opportunité historique a permis la mise en place d’un protocole passionnant : notre projet vise à étudier la possibilité de redonner de la vie, c’est historique et scientifique. Nous avons donc mis en place un programme de recherche en plusieurs étapes : pour réinsuffler de la vie, il faut qu’il reste des tissus viables, des embryons cellulaires ; c’est ce que nous recherchons et si nous en trouvons, alors nous tenterons une culture in vitro ».
Les étapes du programme

Graines de banksia collectées à bord de la frégate de La Pérouse
CBN de Brest/ Charlotte Dissez
Pour déterminer la possibilité de sauver du matériel végétal à partir de ces graines, les chercheurs en biologie, en collaboration avec une plateforme d’imagerie de l’Institut national de recherche agronomique (Inra) se penchent donc depuis deux ans sur une analyse minutieuse au microscope de leurs tissus, et établissent des comparaisons avec des graines fraîches.
S’agit-il de recherche d’ADN ? « Non, soyons clairs, explique Manuelle Bodin, nous ne sommes pas dans cette problématique ; les paléontologues sont intéressés par la recherche d’ADN d’ossements par exemple car l’ADN renseigne sur les modifications liées à l’évolution d’une espèce. Mais le banksia n’est pas du tout une espèce rare ou en voie de disparition ; il en existe encore. Nous cherchons simplement à redonner de la vie si c’est possible à du matériel qui ne serait pas totalement mort. Si nous trouvons des fragments viables alors nous tenterons une culture de plants in vitro».

Un extrait de fruit préhistorique peut permettre de ramener des plantes préhistoriques à la vie.
 
21/02/2012
par Léa Ticlette
 
 
En d’autres termes, des échantillons de tissus encore vivants seront alors placés sur un support dit « gellosé ou liquide » -une plateforme inerte riche en éléments nutritifs, dont des sucres- sur lequel ces tissus ou ces cellules pourront se développer.
L’aventure n’est n’a pas terminée ! Les premiers résultats d’analyse sont encore tenus au secret. Mais Stephane Buord, botaniste du conservatoire brestois qui coordonne ce programme de recherche, assure qu’il ne faut attendre qu’un petit mois encore avant que communication soit faite ! On patientera donc encore quelques semaines avant de savoir si les belles endormies seront susceptibles de refleurir ... Et, si la méthodologie mise en place s’avérait fructueuse, alors de nouveaux horizons s’ouvriraient pour d’autres espèces végétales importantes sur le plan biologique et botanique!
  • En 1785, deux navires, L’astrolabe et La Boussole partent de Brest pour une expédition scientifique menée par l’officier La Pérouse. Les deux frégates coulent trois ans plus tard, devant les rivages de Vanikoro, une petite île de l’archipel de Salomon.
  • En 1986, les épaves sont identifiées et les vestiges remontées à la surface par les plongeurs archéologues.
  • Les graines trouvées ont été conservées au muséum d’Histoire naturelle de Nouméa. Six d’entre-elles, ont été rapatriées en décembre 2009 au Conservatoire botanique national (CBN) de Brest.
    * Ces graines -retrouvées selon les uns soigneusement emballées dans du papier au fond de boîtes en fer blanc, et selon d’autres en grappe au milieu des coraux ?- avaient été recueillies lors de la dernière escale de la frégate à Botany Bay, en Australie. Elles étaient destinées à refleurir en partie dans le jardin du Roy à Paris et dans le jardin royal de la Marine de Brest.

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