jeudi 20 mai 2010

Sur les traces de Lapérouse en Alaska

J'ai retrouvé cet article (les nouvelles calédoniennes 2003) aujourd'hui qui montre que l'association Lapérouse a vraiment poussé ses investigations sur tous les points du globe...


Six membres de l’association Salomon ont peut-être retrouvé un vestige marquant le passage de l’illustre navigateur en juillet 1786 à Lituya Bay, en Alaska (Etats-Unis d’Amérique). Il s’agirait d’une médaille et d’une bouteille enterrées lors de l’escale marquée par un drame.

Lituya Bay avait très mauvaise réputation chez les Indiens. Un sentiment qui perdure chez les navigateurs modernes. Deux embarcations, l’une de La Boussole et l’autre de L’Astrolabe, se perdirent le 13 juillet 1786 dans ses eaux tumultueuses avec 21 marins qui effectuaient des travaux de sondage. Parmi eux, les deux frères Laborde, fils du banquier de Louis XVI. Les instructions nautiques soulignent toujours que « le jusant, devant une houle de sud-ouest, occasionne des raz dangereux à travers l’entrée, qu’une embarcation ne pourrait pas surmonter... les personnes qui ne connaissant pas bien cette baie ne devraient essayer d’y entrer qu’à la mer étale qui dure de dix à vingt minutes ».

La disparition des marins amena Jean-François de Galaup, comte de Lapérouse, à implanter un cénotaphe sur l’île située au centre de la baie, appelée aujourd’hui île sous ce nom, l’orthographe en vieux français de cænotaphe étant devenue cénotaphe. Le monument disparuC’est sur cette île que les recherches de la délégation calédonienne se concentrèrent car, selon le récit de Lapérouse, il y avait installé l’observatoire de l’expédition comprenant une forge et un atelier. L’île lui fut vendue par le chef indien de l’endroit. Pour officialiser cette possession, le navigateur enterra au pied d’une roche une bouteille contenant un acte officiel et une des médailles de bronze qui avaient été frappées en France avant le départ. L’emplacement du cénotaphe, monument en forme de tombeau qui ne contient pas de corps, était parfaitement identifié sur la carte dessinée par l’expédition, au début de la falaise, au sud-ouest de l’île. Il n’existe plus, « probablement détruit par les Indiens », estime Alain Conan.

Il faut dire par ailleurs que l’endroit est soumis à de violents raz-de-marée. Celui de 1958, causé par un séisme, est monté à 600 mètres. Ses dégâts sont encore visibles. L’effondrement d’un pan de la montagne dans la baie dont la sortie constitue un étranglement, a aggravé le phénomène. Selon les spécialistes, des vagues aussi importantes ne devraient plus se produire car les éboulements ont fini par combler les fonds de la baie à l’aplomb de la côte.  

La bouteille témoin
Les recherches ont surtout porté sur la bouteille et la médaille déposées par Lapérouse. Elles ont été organisées autour des roches isolées, dans un paysage bouleversé et fréquenté par les dangereux ours que personne n’a vus mais que tout le monde a entendus. Leur conduite a été menée, avec des détecteurs de métaux, par Alain Conan et Denis Gosset, lesquels ont l’expérience requise. Un écho a été perçu au pied d’une roche de plusieurs tonnes. Selon Alain Conan, le signal indique la présence de bronze ou de cuivre. Il n’a cependant pas été possible de creuser en raison de la réglementation américaine sur la protection des sites historiques et parce que l’île est située dans un parc naturel protégé où il est interdit notamment de manipuler les minéraux et les végétaux. Mais ce n’est que partie remise car les autorités se sont montrées favorables à l’étude d’un protocole de fouilles préservant les intérêts biologiques, minéraux et surtout historiques, un dernier point sur lequel elles se sont montrées sensibles. La délégation calédonienne composée de M. et Mme Denis Gosset, de Jean Guillou, de René Donguy et de M. et Mme Alain Conan, a séjourné trois jours sur le site. Elle y a été rejointe par un Canadien, André Lemieux, passionné de l’histoire de Lapérouse. Les recherches ont été conduites avec la participation d’un archéologue, Wayne Howell, par ailleurs directeur du Glacier Bay National Park and Preserve, et d’un historien du National Park Service, tous deux de nationalité américaine.



Une prise de possession folklorique
La prise de possession de l’île du Cénotaphe par Lapérouse fut plus folklorique qu’officielle si l’on en juge par ce qu’il écrit dans son journal. Le chef « proposa de me vendre l’isle sur laquelle étoit notre observatoire, se réservant sans doute, ainsi que les autres Indiens, le droit de nous y voler ; il est plus que douteux que ce chef fut propriétaire d’aucun terrein, le gouvernement de ces peuples est si démocratique que le pays doit appartenir à la societe entière ; cependant comme beaucoup de sauvages étoient temoins de ce marché, j’avois droit de conclure qu’ils y donnoient leur sanction et j’acceptai l’offre du chef, convaincu d’ailleurs, que le contrat de cette vente pourroit être cassé par plusieurs tribunaux, si jamais la nation plaidoit contre nous, car nous n’avons aucune preuve que les temoins fussent les representants et le chef le vray propriétaire ; quoiqu’il en soit je lui donnoit plusieurs aunes de drap rouge, des haches, des herminettes, du fer en barre, des cloux ; je vis aussi des prements à toutte sa suite ; le marché ainsi conclû, et soldé, j’envoyai prendre possession de l’isle avec les formalités ordinaires - je fis enterrer au pied d’une roche, une bouteille qui contenoit une inscription relative à cette prise de possession, et je mis auprèz une des médailles de bronze, qui avoient été frappées en France, avant notre départ ».

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