jeudi 11 septembre 2008

"Les eaux troubles de l’île de Vanikoro livreront-elles, enfin, tous leurs secrets ? "

article du 9 sept. 08 (version intégrale)

Lapérouse. L’ultime expédition

Un mois... Les 120 membres de la huitième et probablement ultime
expédition sur les traces de Lapérouse n’auront pas un jour de plus pour tenter de dissiper les dernières zones d’ombre de ce grand mystère. Départ de Nouméa le 16 septembre.

« A-t-on des nouvelles de monsieur de Lapérouse ? », aurait demandé Louis XVI avant son exécution en janvier 1793. Le capitaine de vaisseau Jean-François de Galaup, comte de Lapérouse, chargé par le roi de mener l’une des plus prestigieuses expéditions maritimes, aurait, en effet, dû rentrer en France en juin 1789.


Les deux frégates, l’Astrolabe et la Boussole, avaient quitté le port de Brest quatre ans plus tôt. Mais depuis l’escale australienne à Botany Bay, en 1788, plus une nouvelle ne parvenait. Et pour cause, une nuit de 1788, l’expédition avait échoué sur les récifs de Vanikoro, un archipel situé dans le sud des îles Salomon, en plein cœur du Pacifique.

Questions peu à peu élucidées


Qu’est devenu l’équipage de 220 hommes, parmi lesquels les meilleurs savants de l’époque et des marins bretons ? 220 ans après, le « mystère Lapérouse » conserve encore ses zones d’ombre. Après l’échec de l’expédition d’Entrecasteaux qui, en 1791, fit demi-tour à quelques milles de Vanikoro, celle du capitaine Dumont d’Urville, en 1828, localise une épave au fond du lagon. Mais est-ce la Boussole ou l’Astrolabe ? « Grâce à la tradition orale des indigènes, Dumont d’Urville apprit que les derniers survivants venaient de mourir », explique l’amiral Battet, chargé de mission interministérielle pour l’opération Lapérouse 2008. Combien y a-t-il eu de rescapés ? Comment ont-ils survécu sur l’île ? Ont-ils réussi à la quitter ? Ont-ils été massacrés ? Où se trouve le trésor réuni lors de leur périple ? C’est, depuis les années 1980, que ces questions sont peu à peu élucidées. Grâce notamment à l’association Salomon, fondée par le Nantais Alain Conan, qui a repris les recherches avec des moyens scientifiques et technologiques conséquents.

Un équipage de 70 personnes
Aux termes de sept campagnes de fouille menées dans des conditions souvent difficiles, des milliers d’objets ont pu être collectés. Et, contre toute attente, en 1999, les archéologues ont mis au jour les preuves incontestables d’un camp des naufragés dans le lieu-dit Païou. En 2003, la surprise viendra, cette fois, de la mer qui livre un squelette parfaitement conservé. Qui est l’inconnu de Vanikoro ? En attendant de le découvrir, l’enquête se poursuit. Et, en 2005, un sextant estampillé « Fait par le sieur Mercier » permet d’identifier la Boussole, le navire amiral de Lapérouse. Vu la position de l’épave, le choc aurait été violent sans laisser de chance de survie à l’équipage. Lapérouse ne compterait donc pas parmi les rescapés. Or, les recherches devaient s’arrêter là, aux portes de la chambre du capitaine Lapérouse. Mais c’était sans compter sur l’opiniâtreté des chercheurs. Présentée comme « la dernière expédition d’une longue série, au moins pour un temps... », l’opération Lapérouse 2008 bénéficie de moyens exceptionnels. Le 16 septembre, plus de 120 marins et scientifiques partiront, une dernière fois, sur les traces des disparus. Ils auront un mois pour enquêter, fouiller, plonger. Après deux siècles d’une enquête à rebondissements, le dénouement n’a jamais été aussi proche. Vanikoro leur livrera-t-elle ses derniers secrets ?

Gwénaëlle Loaëc

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